Le "Vertige de la liste" revisité : listes, séries linéaires, structures énumératives

En tant que procédé utilisé de manière récurrente dans les textes littéraires, et ce à travers les périodes, genres et traditions, la liste a suscité l'intérêt des stylisticiens. Leurs analyses s'intéressent, selon les points de vue, à la diversité des effets de la liste (un de ces effets est de produire le vertige !, un autre celui de cataloguer les connaissances, la liste étant alors inventaire), ou aux éléments qui la composent : nombre d'éléments, formes des éléments. Les approches linguistiques, quant à elles, ayant peu à dire d'un point de vue syntaxique sur cette opération de juxtaposition, s'intéressent à la manière dont les items sont reliés entre eux et aux marques impliquées dans la constitution des séries d'items (ainsi les MIL de Turco et Coltier, 1988). On voit comment les organisateurs énumératifs (qu'ils soient additifs, temporels, spatiaux, etc.) permettent de passer d'une liste vertigineuse à une séquence textuelle structurée dans laquelle chaque item se voit assigner une place dans la série. De nombreux travaux s'appuient sur ce marquage pour localiser et extraire les séries d'items dans des textes diversifiés (Jackiewicz, 2005), et commencent à s'interroger sur le fonctionnement discursif de ces " séries linéaires ". Cette perspective discursive, qui est la nôtre, conduit à envisager l'énumération en tant que procédé d'organisation du texte, le désignant sous le terme de " structure énumérative " (Luc et al., 2000 ; Péry-Woodley, 2001 ; Ho-Dac et al., 2012), et intégrant les zones d'interaction de la série avec son contexte : l'amorce en amont, la clôture en aval. À travers l'examen de différentes réalisations d'amorce et de clôture , c'est l'insertion des structures énumératives dans le discours que nous nous proposons d'examiner, et ce à différents niveaux de granularité. Ainsi, l'amorce peut être réalisée sous une forme " prédictive " (cf. Tadros (1994), ex.1 : les trois raisons invoquées sont les suivantes :) ou simplement annoncer l'énumération sans qu'il y ait engagement du scripteur (ex.2 : plusieurs raisons ont été invoquées). De même la clôture est réalisée le plus souvent sous la forme d'une anaphore. Il s'agit alors d'un syntagme nominal démonstratif dont la tête lexicale est soit un lexème qui reprend à l'identique le lexème qui a servi à introduire l'énumérathème dans l'amorce (dans l'ex.2 ici, raisons peut être repris en clôture dans Toutes ces raisons contribuent...), soit un nouveau lexème qui a alors pour fonction de condenser, résumer ou encapsuler les items de l'énumération. Dans le premier cas, la clôture a une fonction conclusive, dans le second, elle semble au contraire avoir une fonction d'ouverture réservant aux items de l'énumération un " devenir " discursif. Dans l'amorce comme dans la clôture, l'expression du " principe d'énumération ", l'énumérathème, sera particulièrement relevé.

Data and Resources

Additional Info

Field Value
Source SYMPOSIUM S'CALADIS 2013 Sens dessus dessous : niveaux et domaines de réalisation du sens
Author Rebeyrolle, Josette, Péry-Woodley, Marie-Paule
Maintainer CCSD
Last Updated May 5, 2026, 11:27 (UTC)
Created May 5, 2026, 11:27 (UTC)
Identifier hal-00990155
Language fr
contributor Cognition, Langues, Langage, Ergonomie (CLLE-ERSS) ; École Pratique des Hautes Études (EPHE) ; Université Paris Sciences et Lettres (PSL)-Université Paris Sciences et Lettres (PSL)-Université Toulouse - Jean Jaurès (UT2J) ; Communauté d'universités et établissements de Toulouse (Comue de Toulouse)-Communauté d'universités et établissements de Toulouse (Comue de Toulouse)-Université Bordeaux Montaigne (UBM)-Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS)
coverage Toulouse, France
creator Rebeyrolle, Josette
date 2013-04-11T00:00:00
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metadata_modified 2025-09-23T00:00:00
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