La présente étude est consacrée à l'usage du concept de déférence dans la théorie du langage. J'emploierai ce terme dans un sens technique, qui n'aura souvent qu'un rapport éloigné avec la déférence au sens courant. L'idée que je développerai est que le contenu sémantique d'une phrase énoncée se détermine souvent en fonction d'« états mentaux » (connaissances, croyances) attribués à d'autres personnes que le locuteur, personnes à qui, dirai-je, le locuteur défère. La première illustration met en scène un locuteur qui maîtrise mal un terme mais parvient néanmoins à parler de la chose que désigne ce terme. J'esquisserai une théorie selon laquelle c'est en s'appuyant sur d'autres locuteurs, plus compétents, que ce premier locuteur atteint son but. Cette description aura besoin d'être nuancée mais elle offre une bonne idée préalable de la déférence sémantique par défaut, que j'examine dans les sections 1 et 2. Dans la section 3, je présenterai une seconde forme de déférence sémantique, délibérée celle-ci, qui concerne des cas où un locuteur choisit d'indiquer, en recourant par exemple à une prosodie ou typographie marquée, qu'un segment de son énoncé doit être interprété selon les normes d'une langue particulière. Enfin, dans la section 4, je discuterai des rapports que la déférence sémantique entretient avec un phénomène polyphonique assez bien étudié, les citations qu'on peut nommer « hybrides ».