Entre la conception tragique de l'aorgique hölderlinien de la période d'Empédocle, la puissance agissante de Schelling dans les Âges du Monde, et la figure luthérienne de la traduction dans le Coleridge de/ L'Ami/, s'établit une filiation directe, dramatique et thématique. La description analytique de cette suite de textes sur une vingtaine d'années montre que l'irrationalisme idéaliste peut être compris comme la chance de la traduction, ouvrant le domaine de l'intraduisible comme la première possibilité d'inventer une histoire, de fonder ou de réformer un monde. La dramatique commune de la traduction chez ces trois auteurs articule un motif politique et religieux autant qu'esthétique, infra-temporel et historique, concernant les Anciens, les Modernes et tout ce qu'/a posteriori /on aura pu dire de leur différence. L'intraduisible introduit sa coupure constituante dans l'acte symbolique de parler. La césure tragique du symbole est d'autant plus renversante et décisive qu'elle rend simultanément possibles la traduction et l'intraduisible. La traduction ne peut être dite que de " l'intraduisible ", et par définition, la vocation de traduire est vocation à ce qu'il y ait encore de l'intraduisible. La traduisibilité et l'intraduisibilité entrent dans un rapport poétique de pulsation et contraction mutuelle. Dans cette alternance construite, non fortuite et profondément rythmique, l'Übersetzungbarkeit et l'Unübersetzungbarkeit, les Grecs et les Modernes sont des opposés harmoniques inséparables, tensionnels, individualisants.