Les recherches que nous menons depuis 2004 sur la thématique de risques accidentels dans le secteur de la chimie nous a conduits à prendre en compte l'interaction entre régulateurs et régulés comme une des dimensions importantes de la prévention des risques. Nous nous inscrivons par là dans la lignée des travaux conduits par les sociologues avant ou après les catastrophes. Ainsi, les chercheurs de Berkeley travaillant sur les organisations à haute fiabilité soulignent la nécessaire qualité des interactions entre industriels et régulateurs : " la confiance institutionnelle facilite le fonctionnement des organisations à haute fiabilité " (2001, p.80) ce qui amène les acteurs internes à l'organisation industrielle à travailler à établir ou maintenir cette confiance. Diane Vaughan explique pour sa part, dans son analyse de la NASA, la dépendance des régulateurs externes par rapport aux industriels. Elle écrit : " The disadvantage is that external agents are not consistently present in the regulated organization for information and its interpretation. As a result, regulator's definitions of what is a problem and the relative seriousness of problems are shaped by definitions of the situation created by the regulatee." (1996, p. 265) C'est cette asymétrie d'informations et les raisons organisationnelles qui la sous-tendaient que nous nous étions attachés à décrire dans un article précédent (Dupré, Etienne, Le Coze, 2007). A travers les observations conduites par nous dans des usines de la chimie, nous sommes amenés à nous interroger sur la qualité des interactions entre industriels et inspecteurs des installations classées et sur le niveau de connaissance qu'ont les régulateurs des installations qu'ils ont pour charge de surveiller, de contrôler. Nous observons ainsi les transformations des installations suite aux recommandations faites par les inspecteurs ainsi que les usages qui en sont faits en interne. Nous constatons pour des raisons organisationnelles la mise en œuvre problématique de certaines redondances techniques préconisées par le régulateur. Nous découvrons la difficulté pour le régulateur à émettre un avis sur des solutions avancées pour les industriels pour réduire les risques lorsque l'expertise technique nécessaire à la production d'un avis n'existe pas. Nous faisons le constat des régulations différentes sur des sites jumeaux parce qu'inscrites dans des histoires industrielles et donc accidentelles/incidentelles différentes. Par cette intervention, nous nous proposons d'éclairer à l'aide d'exemples cette dépendance du régulateur par rapport aux industriels sans pour autant conclure à l'inefficacité de la régulation. Nous chercherons donc à illustrer ce que Diane Vaughan appelle la " structural secrecy".