L'introduction des outils de gestion à l'hôpital psychiatrique a, dans un premier temps, fait l'objet de vives critiques de la part des agents de cette institution. La mise en place des instruments de mesure de l'activité, de la durée moyenne de séjour et de protocoles de soins a été perçue par leurs opposant(e)s comme autant d'attaques contre la dimension clinique du travail de soignant en psychiatrie. Au sein des unités de soin, les acteurs de la psychiatrie condamnent dans leurs discours le New Public Management qui serait au principe des maux de l'hôpital contemporain. Pourtant, ceux-ci agissent au quotidien, " font avec " et détournent les injonctions managériales pour préserver ce qui les attache à cette filière de soin. À partir d'un matériau ethnographique recueilli au sein de deux unités de soins psychiatriques, la mesure des pratiques infirmières sera interrogée en mettant en miroir " ce qui compte " (Kleinman, 2006) pour les personnes dans leur engagement dans le travail et les codifications doivent effectuer pour rendre compte de leur activité. Ce faisant, la capacité à subvertir les injonctions managériales est décrite comme un art du détournement s'inscrivant dans l'organisation à l'échelle locale des unités de soin.