Dans un article récent, l'historien de la Révolution française Jean-Clément Martin attire l'attention sur l'importance cruciale, et peut-être sous-estimée, des premières années du xixe siècle dans l'émergence et la fixation d'un grand récit national. En ce qui concerne la France, estime-t-il, " les étapes constitutrices de [l']historiographie nationale doivent être réexaminées [...] à partir des écrivains du premier xixe siècle, plus importants que leurs successeurs de la IIIe République ". Si l'auteur parle ici d'historiographies nationales de façon générale, son propos demeure pertinent dans le cas particulier de l'historiographie littéraire de la France. À la faveur d'études consacrées aux programmes scolaires ou au renouvellement de l'histoire littéraire dans l'Université lansonienne, on a souvent insisté sur le rôle de la IIIe République naissante dans la stabilisation du canon littéraire de la France. Utile en elle-même, la focalisation sur le dernier xixe siècle a néanmoins pu conduire à négliger certaines orientations prises au cours des décennies antérieures. Il en est longtemps résulté une relative méconnaissance d'autant plus préjudiciable qu'une part considérable des décisions patrimoniales ayant contribué à forger l'institution littéraire moderne ont été prises longtemps avant l'avènement durable de la République.