La revue autrichienne pour la musique contemporaine Anbruch consacre en 1930 un numéro entier à la musique française : le critique Hanns Gutmann y expose sa lecture quasi messianique du rôle de la musique nouvelle, dont l'évolution vers des formes et un langage internationaux doivent selon lui rapprocher les deux nations. Il semble pourtant que la réception de la musique de Francis Poulenc dans la sphère germanique révèle un tout autre destin - celui d'une une gloire bien mineure. Dès l'été 1922, alors que le Festival de musique contemporaine de Salzbourg amène Poulenc à franchir pour la première fois le Rhin, sa rencontre avec l'avant-garde viennoise, arrangée par l'entremise d'Alma Mahler, est placée sous le signe de l'incompréhension polie. On peut néanmoins s'interroger sur les raisons d'une telle réception : s'agit-il d'une méconnaissance nourrie par la rigidité dogmatique d'une idéologie viennoise qui n'admettait rien d'autre que ses propres productions ? Ou bien faut-il, avec le critique Adolf Weissmann, s'en tenir à l'incompatibilité qui oppose l'" esprit " français et " l'âme " germanique, et rend l'écoute de Poulenc inaccessible à l'oreille allemande ?