Après l'usurpation d'Avidius Cassius, le voyage de Marc Aurèle dans les provinces hellénophones de l'Empire (175-176) fut l'occasion de redéfinir le style et les modalités d'exercice du pouvoir impérial après un ébranlement qu'on ne doit pas sous estimer. Il importait d'abord de signifier la reprise en main d'un Orient dont on avait perdu momentanément le contrôle, ce qui passait notamment par un important mouvement de personnel. Il fallait ensuite réaffirmer la stabilité de la dynastie en assurant à l'héritier de l'Empire une loyauté indéfectible : le voyage fut l'instrument de la mise en avant du jeune Commode. Enfin, cela passait nécessairement par la reconstruction d'un consensus dans un cadre culturel qui s'adressait avant tout aux élites civiques. Ces différents aspects occupent toutefois des places bien différentes dans l'historiographie antique qui gomme et déforme tant la dimension militaire et répressive du voyage que sa portée dynastique, et met surtout l'accent sur la restauration d'un consensus politique autour de l'Empereur.