Depuis Signe d'appartenance, L'œuvre de Roubaud est tout entière tissée de collages, reprises, citations et récritures, empruntant à cela à la double esthétique du Moyen Age occidental et la poésie médiévale japonaise. A partir de 1989, date du début du cycle du Grand incendie de Londres, ces procédés vont être mis, dans l'œuvre en prose, au service d'une entreprise autobiographique, qui connaîtra un surprenant avatar avec Nous, les moins-que-rien, fils aînés de personne (2006). Inspirés des Brief Lives, d'Aubrey, ces treize récits à la première personne, supposément autobiographiques, se déroulent en des lieux et des époques différentes ; chacun correspond à une facette de la personnalité intellectuelle de l'auteur. L'article analyse les niveaux d'intertexte, leurs sources, ainsi que les " impli-citations " (Magné) ou références cachées ; enfin, il revient sur l'intratexte, ou reprises de l'œuvre antérieure. L'ensemble fait apparaître un phénomène de récriture et de recyclage mis au service d'une esthétique, mais aussi d'une poétique : Nous, les moins-que-rien, dans son éclatement, refuse la forme canonique de l'autobiographie au profit d'un feuilletage de mots glanés, recopies, transformés, " vieilles paroles en temps nouveau ", selon le mot de Kamo-no-Chomei.