De ces deux contemporains que sont Marcel Mauss et Paul Rivet, le premier est sans conteste le mieux reconnu et accepté par André Leroi-Gourhan et André-Georges Haudricourt eux-mêmes . L'intérêt de Mauss pour les techniques, les objets, est régulièrement cité et loué pour sa fécondité heuristique, cet intérêt ayant favorisé la valorisation d'un champ d'études crucial - la technologie culturelle - pour l'analyse historique, sociologique et anthropologique des sociétés . On a par contre peu souligné l'importance que Paul Rivet accordait à l'étude de la civilisation matérielle - son œuvre scientifique s'étant en quelque sorte effacée au profit de son activité institutionnelle sans que l'on connaisse pour autant très bien le dessein anthropologique qui la sous-tendait. Le projet anthropologique de Paul Rivet pour le Musée de l'Homme vaut d'être présenté comme un point de comparaison, car il y a bien matière à comparer avec les ambitions scientifiques d'André Leroi-Gourhan et André-Georges Haudricourt, tout comme il y a lieu de s'interroger sur la rupture dans le passage de témoin qui leur fait négliger dans l'évocation de leurs souvenirs professionnels, de leur trajectoire scientifique, l'action capitale de Paul Rivet pour le développement et la légitimation institutionnelle de la technologie culturelle. Dans cet article, il s'agit tout autant d'élargir l'horizon des connaissances en ne limitant pas la généalogie au seul père reconnu légitime de l'ethnologie française en la personne de Marcel Mauss, que d'essayer de comprendre pourquoi la rencontre n'eut pas lieu entre Haudricourt et Rivet.