De nombreuses enquêtes sur les pratiques culturelles, en France et dans le monde, ont montré que les publics de la culture et des arts se sont profondément transformés depuis les années 1980. En particulier, les auditeurs de musique se caractérisent de plus en plus par la diversité des genres qu'ils écoutent et apprécient, faisant la part belle aux musiques populaires. Il est donc légitime de s'interroger sur la place et la connaissance des publics de la musique savante, paradoxalement mal connus, alors même qu'ils font l'objet de nombreux discours. L'enquête auprès de l'auditoire des concerts de l'Ensemble intercontemporain, réalisée à la demande de l'orchestre, avec le soutien de la Maison des Sciences de l'Homme-Paris Nord et celui du Ministère de la culture et de la communication, apporte de nombreux éléments de réponse pour comprendre à la fois l'évolution des publics de la musique contemporaine en France depuis la fondation de l'Ensemble intercontemporain en 1976, la composition sociodémographique de l'auditoire des concerts, ainsi que leurs motivations, leurs pratiques et leurs préférences. Ainsi se dessinent, grâce à cette enquête, les contours de la mélomanie au début du XXIe siècle. Si la fréquentation est remarquablement stable depuis 1976 jusqu'en 2011, constat qui permet de relativiser les discours sur le déclin de la culture savante, il ne faut pas pour autant négliger le maintien, voire le renforcement de la sur-sélection sociale et scolaire du public, largement constitué par les classes cultivées, ni sous-estimer son net vieillissement, congruent avec celui des publics de la musique savante dans son ensemble, tel qu'il est repéré dans les grandes enquêtes françaises et internationales sur les pratiques culturelles. L'Ensemble intercontemporain accueille cependant une part importante de nouveaux venus chaque année et fait se côtoyer dans les salles de concert des profils d'auditeurs relativement différents. Les mélomanes experts, cultivés et curieux constituent cependant le cœur du public de l'Ensemble intercontemporain, certains ayant suivi l'aventure de l'orchestre depuis ses débuts. Au début du XXIe siècle, l'orchestre fondé par Pierre Boulez continue ainsi de s'insérer dans le mouvement de la création, entre tradition et modernité.