Les relations entre histoire et sociologie, en France, sont marquées par le contexte de la rencontre entre les deux disciplines à la fin du XIXe siècle. Prééminente dans l'université réformée de la IIIe république, l'histoire, aspirait alors à être une science, connaissance indirecte par les traces des archives, alors que de son côté, la sociologie cherchait son émancipation théorique de la philosophie, rejetant la philosophie sociale, en puisant dans le passé des sociétés occidentales ou dans l'observation des sociétés exotiques les matériaux de ses ambitions intellectuelles et de son autonomie institutionnelle. L'optimisme d'un Fustel de Coulanges qui refusait d'envisager une véritable différence entre les deux disciplines n'empêcha ni la méfiance des historiens face aux généralisations spéculatives des sociologues ni la condescendance de ces derniers à l'égard des vaines accumulations érudites des premiers. Pour les uns, la sociologie n'était encore qu'un "impérialisme" intellectuel dépourvu de reconnaissance institutionnelle ; pour les autres, l'histoire une collection de faits organisée sans fondement scientifique.