Bien que les élèves d'aujourd'hui appartiennent à la génération " née avec le numérique ", pour laquelle manipuler écrans et claviers semble naturelle, la lecture des écrits numériques ne leur est pas pour autant donnée sans apprentissage. L'habitude de feuilleter des imprimés ne suffit pas non plus à ouvrir aux élèves les écrits hérités de Gutenberg, car des caractéristiques liées au support de l'écrit modifient en partie l'activité de lecture. Il y a une dizaine d'années, B. Pudelko et ses collègues (2002) décrivaient les documents numériques comme marqués par trois caractéristiques essentielles. Ils sont multimodaux, c'est-à-dire que celui qui les consulte utilise plus d'une modalité sensorielle, ou encore multimédias, si l'on veut insister sur l'hétérogénéité des systèmes symboliques qui s'y déploient. Ce sont en outre des hypermédias, c'est-à-dire des documents non linéaires, interactifs et interconnectés, proposant une infinité de parcours virtuels de consultation. On peut enfin les qualifier de sociomédias : ils se prêtent aux interactions à distance, en direct ou en différé, et aux pratiques de collaboration, brouillant les notions d'utilisateur et d'auteur. Cet article a pour but, à partir de chacune de ces grandes caractéristiques des documents numériques, d'examiner ce qu'implique leur lecture et de montrer les exigences particulières d'apprentissage qui en résultent.