L'article met en évidence les enjeux historiques de l'affaire Bompressi, Pietrostefani et Sofri, condamnés pour l'assassinat en 1972 du commissaire Calabresi. En attribuant à Lotta continua - groupe extra-parlementaire donc faisaient partie Bompressi, Pietrostefani et Sofri - la responsabilité du premier meurtre politique de l'extrême gauche, on peut justifier la thèse des " extrémismes opposés " et faire débuter en 1972 le processus de mise en place du " terrorisme rouge ", en établissant une ligne de continuité absolue entre ce dernier et les groupes radicaux et contestataires nés de la révolte étudiante de 1967-1968 et de son rapprochement avec les luttes ouvrières de " l'automne chaud ", en 1969, dans le Nord de l'Italie. On voit d'emblée que cette lecture-là de l'histoire peut être appréciée tant par ceux qui tiennent à effacer les responsabilités particulières de l'extrême droite et d'une partie de l'appareil d'Etat dans ce qui fut nommé " la stratégie de la tension " que, d'un tout autre bord et pour de tout autres raisons, par les tenants et militants de la ligne de passage à la lutte armée, qui peuvent ainsi revendiquer une filiation sans véritables ruptures. C'est à démonter historiquement cette lecture que s'emploie ce texte.