Signes de guerre et de puissance sociale, signes de chevalerie par excellence, les armoiries figurées sur une pièce d'armement, sembleraient devoir être exclues des manifestations de la piété médiévale. Elles sont le résultat d'une insignologie initialement profane, entrant en contradiction apparente avec les idéaux de paix et d'égalité professés par la foi chrétienne. Ces emblèmes pénètrent pourtant l'espace liturgique et dévotionnel, qu'il soit matériel ou immatériel. Ces signes sont mêmes à leur tour progressivement sacralisés par des rites et des légendes sur leur contenu, leurs origines et leurs usages. A tel point qu'à la fin du XIIIe siècle, c'est principalement par ce 'medium' que le chevalier dévot se projette dans la dimension spirituelle de son existence actuelle et éternelle. Si la documentation abonde à partir du XIVe siècle pour démontrer cette lecture, les sources du Moyen Âge central restent plus discrètes. C'est toutefois cette période fondatrice de la fonction de l'armoirie que l'auteur envisage ici. Entre héraldique des saints guerriers, 'memoriae' funéraires, mise en ligne du livre de dévotion, attestations de patronage, légendes héraldiques, quels sont les relais identifiables et la chronologie de cette héraldisation du sacré et de cette sacralisation de l'héraldique ? Quels en sont surtout les divers enjeux et justifications ? Pour cerner avec précision le sujet, il convient dans un premier temps de revenir sur l'emblématisation graduelle des différents média et espaces de la dévotion chevaleresque. L'auteur voit ensuite comment l'écu armorié se voit aussi progressivement sacralisé. Il tente, en dernier lieu, d'interpréter le discours spécifique que supportent ces signes dans l'appropriation chevaleresque du Christianisme.