L'annonce de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat suscita des débats passionnés au sein de la classe politique et de la société civile, débats dont les organes de presse rendirent compte à la fois fidèlement tout en ne s'empêchant pas, pour certains, de s'en réclamer comme les adversaires résolus et, pour d'autres, les partisans les plus inconditionnels. Il en fut de même au sein de la presse juive. Parmi les titres des périodiques juifs, nous avons fait le choix d'étudier les nombreux articles sur le sujet parus dans deux des revues les plus marquantes de l'époque : Archives israélites et L'Univers israélite. La plus ancienne des deux, Archives israélites voit le jour en 1840. Elle est d'inspiration libérale. La revue L'Univers israélite quant à elle, fondée en 1846, et qui porte comme sous-titre, "Journal des principes conservateurs du Judaïsme", en précise l'orientation. Qu'ils apportent respectivement leur soutien aux réformes libérales ou qu'ils prennent la défense des thèses conservatrices, les deux organes de presse parisiens vont être un siècle durant les porte-parole des principaux courants du judaïsme français. Si bien des sujets les avaient vu s'opposer, c'est en fin de compte sur une position commune, des analyses le plus souvent convergentes, que les deux hebdomadaires se positionnent. Ils vont tenir très régulièrement informés leurs lecteurs des nombreux débats que ne manquent pas de susciter les différentes étapes du projet de loi portant séparation des Eglises et de l'État, séparation qui va en ce début de siècle profondément modifier la physionomie du cadre institutionnel du judaïsme français. Leur lecture attentive, l'analyse de leurs positions, vont ainsi nous permettre de mieux saisir, tout au long des discussions à la Chambre des députés puis au Sénat, les réactions de l'opinion à travers les comptes rendus et chroniques de leurs rédacteurs et surtout de mettre en lumière les espoirs que le bouleversement annoncé de l'organisation cultuelle ne va pas manquer de susciter, espoirs néanmoins teintés de nombre d'interrogations, voire de craintes, quant aux modalités à satisfaire pour y accéder.