Le but de cette enquête est de rechercher comment l'art interroge de façon originale les utopies dominantes sur le post-humain, concernant le devenir problématique du corps humain dans un contexte de transformations bio-technologiques de celui-ci. L'enjeu majeur que les pratiques de l'art d'aujourd'hui mettent an premier plan dans leur diversité, mais aussi leurs divergences concerne selon nous le statut du corps charnel dans son rapport au corps artificiel. Il y a en effet une visée ontologique dans la notion de post-humain, qui tient au présupposé/postulat de pouvoir séparer le corps humain de sa chair et par là de pouvoir dépasser le corps humain et produire un corps sans corps, décharné, réduit au squelette. Y'a t'il une homogénéité structurelle entre le corps et le machine, ou faut-il considérer qu'il y a une irréductibilité de la chair précisément du fait qu'elle n'est pas seulement une machine biologique destinée à conserver et reproduire l'espèce vivante ? L'intérêt de l'art d'aujourd'hui réside dans le fait de se situer sur le plan de la fiction et non sur le plan des évolutions technologiques. Mais les pratiques artistiques ne sont pas nécessairement convergentes, elles peuvent être au contraire critiques à l'égard du projet de substituer à l'homme de chair un homme artificiel. Elles peuvent s'opposer, les unes accompagnant voire renforçant étonnamment l'idéologie du post-humain, avec des expressions telles que celles de " corps obsolète " (Stelarc), les autres mettant au contraire au contraire les technologies au service du devenir du " corps charnel " (Orlan) et de ses formes de mutations.