Le mythe d'une ville-nature, entre wilderness et Jardin du Monde

L'Union des Etats-Unis s'identifie, dès sa fondation, comme la " nation de la nature " ; le mythe sur lequel se fonde la nouvelle démocratie fait référence à celui de la Pastorale, à une civilisation constituée majoritairement de petits agriculteurs indépendants, égalitairement répartis sur le sol du Nouveau Monde et s'épanouissant au contact de la nature, loin des vices, corruptions et miasmes de la grande ville. Ce mythe, à l'origine d'une idée du monde habité radicalement différente de celle que l'on connaît alors en Europe sera qualifié, au XXe siècle, d'anti-urbain. Anti-urbain, en effet, si l'on se donne comme référence le modèle diffusé par la culture européenne. De fait, cet idéal de la Pastorale a donné naissance à un mode d'urbanisation spécifique au territoire des Etats-Unis, mode d'habiter bien souvent incompris car conçu en opposition à l'idéal promu dans/par la culture européenne. Tel est le sens de l'immense grille territoriale qui organise, aujourd'hui, plus de 75% du territoire des Etats-Unis, des Appalaches aux Rocheuses jusqu'à la côte ouest, de la frontière canadienne aux contrées mexicaines. Ce vaste quadrillage représentait, pour Thomas Jefferson, le moyen d'imposer une organisation du territoire compatible avec la réalisation de cet idéal du " Jardin du Monde ", signifiant en tout premier lieu, selon sa pensée, l'ancrage des principes démocratiques sur le sol même de l'Union. Le travail de " domestication " de la nature originelle, sauvage - wilderness - violente, et hostile à l'homme pour la transformer en ce jardin d'Eden idéalisé nécessitera le déploiement d'énergies humaines, administratives, techniques, considérables pendant tout le XIXe siècle. En même temps, la progression du Garden of the World sur le territoire du continent nord-américain signifiait, simultanément, la disparition irrémédiable de la wilderness, que personne n'avait le pouvoir de recréer. Wilderness qui sera bientôt reconnue comme le patrimoine des Etats-Unis, et dont on constituera des réserves inaliénables. Ainsi, pendant tout le XIXe siècle, l'idéal américain ne cessera d'osciller entre wilderness et Jardin du Monde, un idéal qui explique également la conformation spécifique de la ville des Etats-Unis, et ce dès les premières implantations. La " ville américaine " obéit en effet à un autre mythe que celui de la " ville européenne ", auquel elle s'oppose ; mythe, ou idéal, qu'il nous faut nécessairement apprendre à décrypter si nous voulons être à même d'apprécier dans ses justes dimensions, et jusqu'à ses développements les plus récents, ce mode d'urbanisation propre au territoire des Etats-Unis, que nous avons bien souvent qualifié, un peu trop rapidement, de " non-ville ".

Data and Resources

Additional Info

Field Value
Source Conférence publique, Unité d'urbanisme et développement territorial
Author Maumi, Catherine
Maintainer CCSD
Last Updated May 5, 2026, 13:33 (UTC)
Created May 5, 2026, 13:33 (UTC)
Identifier hal-00982320
Language fr
contributor Les métiers de l'histoire de l'architecture : édifices, villes, territoires (MHAevt) ; Université Pierre Mendès France - Grenoble 2 (UPMF)-École nationale supérieure d'architecture de Grenoble (ENSAG)-PRES Université de Grenoble
coverage Bruxelles, Belgium
creator Maumi, Catherine
date 2010-03-18T00:00:00
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