Du traité de Versailles à Jean Monnet : John Foster Dulles est-il un père de l'Europe ?

A trente ans, John Foster Dulles participe au traité de Versailles et négocie, pour la partie américaine, les clauses sur les réparations allemandes. Il est à l'origine de l'article n° 231 établissant la "responsabilité" de l'Allemagne dans le déclenchement de la guerre. De même, il impose l'idée de la Commission des réparations, dans le but d'abaisser la facture finale des réparations allemandes. Cette première expérience diplomatique lance la réflexion de toute une vie consacrée à l'Europe, en quête de la meilleure méthode pour la stabiliser. Dans les années trente, à Wall Street, son amitié pour Jean Monnet incite Dulles à méditer sur les vertus du fédéralisme qui, appliqué au vieux continent, pourrait dissoudre les souverainetés nationales et abolir leurs rivalités mortifères. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Dulles joue un rôle de premier plan pour sortir définitivement les Etats-Unis de l'isolationnisme et les faire intervenir dans la transformation politique, morale et militaire de l'Europe. Il convertit à l'internationalisme le chef républicain du Sénat, Arthur Vandenberg, et travaille avec lui au cadre légal qui permettra à l'Amérique de s'impliquer durablement dans des alliances régionales (1944-1948). En 1949, Dulles défend devant le Sénat la ratification du traité de l'Atlantique Nord, en assortissant son point de vue favorable de nombreuses réserves, toutefois. En effet, l'objectif principal de Dulles demeure l'unification de l'Europe, de manière à ce que celle-ci vive en sécurité et en paix, sans dépendre éternellement des Etats-Unis. Très curieusement alors, il voit dans la Communauté Européenne de Défense, un catalyseur de l'intégration européenne. Dans son esprit, cette armée fédérale complètement intégrée annulera l'antagonisme franco-allemand, en fusionnant les divisions terrestres nationales dans des corps d'armée européens, sous les ordres du commandant en chef de l'OTAN - toujours un général américain. La politique volontariste de Dulles n'empêche pas les Français de comprendre que l'armée européenne supprimerait l'armée française en métropole tout en autorisant la renaissance, de facto, d'une armée allemande autonome. Après le rejet de la CED en août 1954, Dulles comprend que sa politique européenne doit se montrer plus discrète et éviter de passer pour une ingérence trop manifeste des Etats-Unis dans les affaires de l'Europe. Il prend alors nettement ses distances avec Jean Monnet.

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Additional Info

Field Value
Source D. BARJOT et Ch. REVEILLARD, L'américanisation de l'Europe occidentale au XX° siècle - Mythe et réalité
Author David, Francois
Maintainer CCSD
Last Updated May 7, 2026, 05:25 (UTC)
Created May 7, 2026, 05:25 (UTC)
Identifier hal-00937901
Language fr
contributor Centre Lyonnais d'Etudes de Sécurité Internationale et de Défense (CLESID) ; Francophonie - Mondialisation et relations internationales ; Université Jean Moulin - Lyon 3 (UJML) ; Université de Lyon-Université de Lyon-Université Jean Moulin - Lyon 3 (UJML) ; Université de Lyon-Université de Lyon
creator David, Francois
date 2002-01-01T00:00:00
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