Si l'on suit les analyses de L. Dumont, les institutions ne coulent des jours heureux que dans les sociétés traditionnelles où règnent, sans partage, les "idées-valeurs holistes, qui valorise la totalité sociale et néglige ou subordonne l'individu humain". Il en est tout autrement dans notre société où les "idées-valeurs individualistes" (qui valorisent l'individu et subordonnent la totalité sociale) tout à la fois dominent et entrent en tension avec des formes sociales holistes rémanentes. Dans ces conditions, comment nos institutions parviennent-elles à se maintenir? Comment parviennent-elles à "valoriser la totalité sociale" malgré les exigences d'égalité et de reconnaissance individuelles caractéristiques des sociétés modernes ? Ainsi, l'institution scolaire est-elle peut-être sur le déclin mais elle parvient à réaliser des enjeux fortement contradictoires avec l'idéologie individualiste dominante : produire des populations scolaires hiérarchisées, imposer à la demande sociale une offre de formation pré-définie, faire du coût éducatif un critère de décision prioritaire... Comment fait-elle? Nous proposons dans ce texte des éléments de réponse en étudiant quelques " mécanismes " qui permettent à des acteurs éducatifs et administratifs (non-enseignants) de l'institution scolaire de faire face, en situation de travail, à un environnement résistant.