En s'appuyant sur l'ensemble des chapitres de l'ouvrage, ce chapitre conclusif établit tout d'abord combien on est désormais loin des analyses en termes de système politico-administratif local (Grémion, 1976) ou de régulation croisée (Crozier-Thoenig, 1975), c'est-à-dire d'analyses qui saisissaient de manière générique les relations entre centre et périphérie en ne s'intéressant qu'à la marge aux inflexions et variations que celles-ci pouvaient connaître. Les contributions réunies dans cet ouvrage soulignent que les politiques régionales ont gagné en importance en France et décrivent une réelle prise de rôle des exécutifs régionaux et même un succès de leurs interventions. Elles avancent toutefois aussi combien cette affirmation varie selon les secteurs et que les politiques régionales semblent encore au stade de l'esquisse. La seconde conclusion a trait à l'ombre encore écrasante de l'Etat qui semble nimber les régions françaises. Les politiques régionales fonctionnent en effet aussi comme un miroir qui nous apprend des éléments sur l'Etat-nation, ses contours et les ressorts de sa puissance Et l'ouvrage tout entier nous montre au fond qu'on est justement, en matière de politiques régionales, dans un entre-deux, entre gouvernance et gouvernementalité. Les régions et politiques régionales se sont affirmées, assez pour qu'on puisse les considérer indépendamment des acteurs départementaux et locaux, assez en somme pour échapper au moins en partie aux impératifs de la gouvernance locale, mais pas assez pour s'émanciper de la tutelle étatique. Celle-ci s'est affaiblie, mais, si elle couvre moins de domaines, elle cherche à peser d'une main plus ferme sur les orientations locales. Se pose alors la question de savoir si l'on assiste à une véritable recentralisation et de fait à un gouvernement à distance, ou à un nouvel apprivoisement du jacobinisme qui verrait les régions reprendre sous des formes nouvelles et avec un statut et des moyens bien plus favorables que les notables d'antan la lutte de ceux-ci pour remodeler à leur profit les injonctions venues du centre et dépouiller les instruments censés les gérer de l'essentiel de leur efficacité.